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En
2006, en France, une jeune femme a été victime, lors de l'accouchement
programmé par césarienne de son deuxième enfant, d'un collapsus
cardiovasculaire ayant entraîné des lésions anoxiques cérébrales
et un coma avec des séquelles neurologiques très graves. Il était
difficile de définir s'il s'agissait d'un aléa thérapeutique,
d'une faute médicale ou d'un accident inhérent à la personne,
sans aucune possibilité d'indemnisation. Le diagnostic était très
délicat.
Un an plus tard, la Commission Régionale de Conciliation et d'Indemnisation
des Accidents Médicaux de l'Ile-de-France (CRCI)
était saisie par la victime, qui fit appel à un avocat spécialisé
pour assurer la défense de ses intérêts afin de faire reconnaitre
son droit à indemnisation. Une expertise médicale était alors
diligentée par la CRCI (lire La
CRCI n'est pas une juridiction) qui désigna trois experts
judiciaires : un gynécologue obstétricien, un anesthésiste réanimateur
et un neurologue. Les experts convoquèrent les parties, et la
victime fut assistée dans toutes les opérations d'expertises par
son médecin-conseil de victimes et son avocat spécialisé.
Lors de ces expertises étaient présents, notamment, le médecin
accoucheur impliqué, son assureur et son avocat. Les discussions
lors de ces expertises furent longues, les gestes de l'accoucheur
rappelés, détaillés, expliqués, analysés, pour comprendre la réalité
de cet accident médical gravissime et ses conséquences. En mars
2008, les experts déposèrent leur rapport, qui concluait à l'existence
d'un accident médical non fautif et évaluait le dommage corporel
de la victime, fixant notamment à 95% le taux de son déficit fonctionnel
permanent, et à 24 heures sur 24 ses besoins en tierce personne.
En mai 2008, cette affaire revenait devant la CRCI qui, estimant
ne pas être suffisamment informée, ordonna un complément d'expertise.
Après une ultime expertise où toutes les parties étaient présentes,
la victime étant à nouveau assistée par son avocat spécialisé,
l'expert judiciaire déposait un complément de rapport en mars
2009. En mai 2009, après avoir entendu les parties et pris connaissance
de leurs conclusions respectives, la CRCI rendait son avis et
estimait qu'il s'agissait d'un accident médical non fautif, qui
devait être pris en charge par la solidarité Nationale, en l'espèce
l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, des
affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM)
et exposait notamment : "La survenue d'un collapsus dans les suites
immédiates de cet acte de soins constitue un accident médical
survenu en dehors de tout geste médical maladroit ou imprudent.
Il est donc par lui-même non fautif [...] Il résulte des éléments
ci-dessus exposés concernant la responsabilité des mises en cause,
la causalité du dommage, sa gravité ainsi que ses conséquences
pour la patiente, que ledit dommage remplit les conditions d'indemnisation
par la solidarité nationale. Il appartient donc à l'ONIAM d'indemniser
les préjudices subis par Madame X."
A ce stade de la procédure, l'avocat spécialisé avait la possibilité
d'un point de vue procédural de ne pas faire indemniser l'entier
préjudice corporel de sa cliente amiablement devant l'ONIAM, mais
devant le Tribunal de Grande Instance, soit devant l'Ordre judiciaire.
L'avocat spécialisé choisit cette voie procédurale car le barème
indicatif d'indemnisation de l'ONIAM est nettement moins avantageux
pour la victime d'un dommage corporel que la jurisprudence des
juridictions de l'Ordre judiciaire. Le représentant légal de la
victime a fait à nouveau confiance à l'avocat spécialisé pour
porter ce dossier devant le Tribunal de Grande Instance et non
à l'amiable avec l'ONIAM pour l'indemnisation de la majeure protégée.
C'est ainsi qu'en 2009, l'avocat spécialisé de la victime saisissait
le Tribunal de Grande Instance de Bobigny et mettait en cause
l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, des
affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM),
pour solliciter l'indemnisation de son entier dommage corporel.
Parallèlement à cette procédure devant le Tribunal, l'avocat spécialisé
saisissait le Juge de la Mise en Etat d'une demande de provision
pour sa cliente. Des conclusions furent à nouveau échangées entre
les parties, et cette affaire fut plaidée devant le Juge de la
Mise en Etat, qui par ordonnance de mars 2010 alloua une provision
de 200.000€ à la victime.
Entre-temps, le procès continuait à se dérouler devant le Tribunal
de Grande Instance de Bobigny. Les parties échangèrent un grand
nombre de conclusions et de pièces pour évaluer le montant de
l'indemnisation de la victime, montant qui était très différent
entre celui de la victime et celui de l'ONIAM. Il convient de
relever que l'ONIAM demandait au Tribunal notamment de faire application
de son référentiel indicatif d'indemnisation, qui n'est pas favorable
à la victime (lire Dommages
corporels : une indemnisation en péril). Les parties étaient
en désaccord sur pratiquement tous les postes de préjudices. Après
un échange de plusieurs conclusions et de très nombreuses pièces,
l'affaire fut fixée pour être plaidée devant le Tribunal. L'audience
de plaidoiries permit à l'avocat spécialisé de plaider longuement
les demandes de sa cliente, tant les points de désaccord étaient
nombreux. Le Tribunal, après l'audience et l'étude des dossiers
de plaidoiries, invita les parties à préciser certains points
et à déposer une note en délibéré. Trois notes en délibéré furent
échangées entre les parties sur l'assistance de la tierce personne.
Par jugement définitif en date de mai 2011, le Tribunal de Grande
Instance de Bobigny rendait une décision parfaitement motivée
et donnait gain de cause à la victime. Le Tribunal allouait à
la victime une somme en capital de 2.027.356€, à laquelle s'ajoutait
une somme capitalisée de 2.906.151€ au titre de la tierce personne
future, correspondant à une rente trimestrielle viagère et indexée
de 28.560€, soit la somme de 9.520€ par mois (hors week-end et
vacances). Il s'agit là d'une très belle décision. Il convient
de relever notamment que l'ONIAM demandait au Tribunal de faire
application de son référentiel indicatif d'indemnisation, que
celui-ci n'a pas retenu. La tierce personne fut l'objet d'un débat
très important. L'ONIAM offrait un taux horaire de 9,71€ et la
victime, après discussions et pièces à l'appui, obtenait du Tribunal
une indemnisation sur la base de 17€ pour l'heure active, et 15€
pour l'heure de surveillance 24 heures sur 24. La prise en charge
au titre de la tierce personne pour les deux enfants mineurs était
également allouée.
Que de même, l'ONIAM estimait notamment que la victime ne pouvait
prétendre à une perte de gains professionnels futurs puisqu'elle
n'avait jamais travaillé. Or, le Tribunal lui allouait une indemnisation
sur le fondement de la perte de chance. Les parties étaient également
en désaccord sur le barème de capitalisation applicable, la victime
obtenait gain de cause, le barème de la Gazette du Palais étant
retenu. Le représentant légal de la victime a fait confiance à
son avocat spécialisé, et c'est une fois encore cette confiance
qui a permis à l'avocat de travailler et d'aboutir au résultat
souhaité, sans oublier la parfaite réalisation de l'expertise
médicale et la parfaite motivation du jugement rendu par le Tribunal
de Grande Instance de Bobigny. Cette jeune femme très lourdement
handicapée pourra obtenir tous les soins qui lui sont nécessaires
; tous ses besoins sont couverts, sa sécurité et son avenir sont
assurés, ses droits ont été reconnus et l'avocat spécialisé est
plus que satisfait que justice lui ait été rendue.
Catherine
Meimon Nisenbaum,
Nicolas Meimon Nisenbaum,
avocats à la Cour,
février
2012.
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